Entrepreneures : une caste à part

Les derniers préparatifs pour la publication de mon roman achevés, il ne restait que ces deux fastidieuses lignes à écrire : la présentation de l’autrice. Vous êtes-vous déjà posé la question? Comment choisir 20 mots résumant l’entièreté de ce que vous êtes?

J’ai complètement bloqué. Page blanche. J’ai tapé, effacé, puis récris ce même mot inlassablement. Celui tant à la mode, mais si difficile à assumer.

Entrepreneure.

C’est étrange comment ce mot ne me colle pas à la peau. Je l’associe à du rouge à lèvres, des plans d’affaires, des talons aiguilles et des 5 à 7 réseautages. Je suis pleine de préjugés, que voulez-vous!

Entrepreneure.

Ça arrive souvent sournoisement. On commence avec un premier contrat et bang! Impossible de retourner en arrière. Les idées de projets s’accumulent, le temps manque, mais on arrive tout de même à mener à terme les projets qui nous tiennent le plus à cœur.

Et le retour de l’investissement comme on dit est indescriptible. La satisfaction de créer quelque chose, d’avoir persévéré. On ne compte pas les heures, ça c’est vrai. Je me suis surprise à dire l’autre jour que ces temps-ci je travaillais 5 heures par semaine. Et mon chum de me dévisager et de dire « heee tu travailles tout le temps!». C’est vrai que la notion de travail n’est pas la même et c’est surement ce qui me rend le plus heureuse.

Les avantages sont nombreux; l’horaire flexible, être son propre patron, les avantages fiscaux et j’en passe!

C’est sur cette grande bulle de bonheur que je suis entrée dans la maternité et dans l’achat d’une première maison. Ça fait des années que j’économise, j’avais un bon bilan financier, Sky is the limit, que je me disais.

Ouin.

Quand la banque nous a annoncé que je n’étais pas désirable pour un prêt hypothécaire, mais qu’il en était tout autre pour mon conjoint et son titre honorable, les larmes me sont montées aux yeux. En fait je l’écris, 2 semaines plus tard, et j’ai encore la boule bien ancrée dans l’estomac.

La deuxième douche froide est arrivée dans la même semaine, alors que je m’informais sur les prestations de congé parental, moi qui aie contribué à la RQAP pendant 10 bonnes années à titre de salariée. Peut-être que notre système ne veut pas qu’on poursuivre la lignée de travailleurs autonomes, mais laissez-moi vous dire qu’entre ce qu’ils vont me donner et le chiffre 0, la ligne est mince.

Et ironiquement, cette même semaine, je lançais mon roman. Je me sentais gonflée à bloc, fière, réellement. Fière surtout d’avoir choisi un chemin qui me ressemble, me permettant de réellement m’accomplir.

Bref…!

Je parle souvent du « système » à la blague, mais là je ne riais pas. Mon mode de vie, mes choix, font en sorte que je suis une indésirable dans ce système non avoué de castes. Pendant un mince instant, ils ont réussi à me faire sentir moindre. À me faire douter de ces choix que j’assume pourtant totalement. 

Est-ce normal que notre valeur soit déterminée au risque que nous représentons? Est-ce qu’au contraire l’étiquette entrepreneure ne devrait pas démontrer une certaine force de caractère, une capacité à se relever, à trouver des solutions?

En cette nouvelle conjoncture économique nous montrant que rien n’est immuable, ne pourrions-nous pas encourager les spécialistes de l’adaptation et de la résilience, nos amis entrepreneurs?

Je n’ai pas vraiment de conclusion à part peut-être celle-ci : achetons et consommons local!

Joyeuses fêtes!

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