Faire ou ne pas faire : telle est la question

Comme la majorité des nouvelles mamans, mon début de congé de maternité était plutôt difficile. Entre le manque de sommeil, l’incertitude et les montagnes russes d’hormones, il y avait un élément que je n’avais pas appréhendé; la sensation peu connue de ne rien faire.

J’avais déjà énormément ralenti avant l’accouchement, certes, mais fidèle à mon habitude, je prenais tout de même un grand plaisir à rayer les items de mes listes quotidiennes de choses à faire (qui, avouons-le, se renouvellent sans cesse).

Le 9 avril, ma vie s’est transformée à jamais. Ou plutôt était-ce le début d’une transformation. Car j’étais la même. Stéphanie, scorpionne dans ses tripes, qui carbure à l’adrénaline et pour qui ralentir a trop souvent été synonyme de maladie. J’avais simplement ajouté à cela le titre de maman, même s’il n’y a rien de simple là-dedans.

Je continuais donc à me faire des listes interminables, listes qui s’accumulaient sans jamais avoir la satisfaction de la fameuse rayure. Et plus j’essayais de « faire » ou « d’accomplir », plus Gabrielle me faisait sentir son besoin que je sois présente pour elle. Non seulement présente, mais disponible.

Frustration, culpabilité, name it.

Petit à petit, il a fallu que je me rendre à l’évidence: personne n’était heureux là-dedans. J’ai ainsi rassemblé mon bagage d’années de méditation et de yoga pour changer ma perspective. Rien s’est fait du jour au lendemain. Mais c’est arrivé. Apprendre à vivre un peu plus dans le moment présent, un peu moins dans mes attentes. J’ai réappris au travers des yeux de Gabrielle à apprécier la vie comme on, je crois, devrait tous le faire : simplement, dans les petits bonheurs du quotidien. C’est loin d’être parfait, il y a certains jours où ces petits bonheurs ne semble pas assez. Où je me compare, me décourage. La ligne reste mince entre apprécier et culpabiliser.

Mais tout de même, j’ai découvert l’art perdu de ne rien faire.

En fait c’est faux, je fais beaucoup, mais pas au sens de notre société de performance. Je n’écris pas de deuxième roman, je ne repeinture pas la maison, je ne mets pas sur pied de nouveau projet. Je regarde Gabrielle jouer, dormir, je ramasse le bordel de ma petite tornade, je lui cuisine ses premiers repas. Donc, je fais, non? Et pourtant je me suis moi-même surprise à dire à une amie dernièrement que je ne faisais rien.

Qui a décidé de ce qui comptait comme « faire »? On peut pourtant faire le vide et faire le plein, sans vraiment faire quoi que ce soit.

Et c’est intéressant de remarquer la gêne, voire la honte, face au concept de ne rien faire.

« Qu’as-tu fait pendant tes vacances? »
« Je me suis reposée, MAIS j’ai fait X et Y et Z. »

« Qu’as-tu fait ce week-end? »
« J’étais à la maison, MAIS c’est que j’avais eu une grosse semaine »

Pourquoi ne pas dire « rien ». Sans justifications, sans mais, niet.

Je crois qu’il faut aussi réaliser le privilège qu’est de pouvoir ne rien faire. Quand mon conjoint me relate ses lectures historiques, il ne fait aucun doute que jadis pour plusieurs de nos ancêtres, tous les efforts étaient tournés vers la survie. Ils n’avaient pas le temps, ni l’espace, ni la technologie pour alléger leur quotidien au point de regarder les nuages pendant que leur souper réchauffait dans le micro-onde, que la brassée de lavage était dans la laveuse et que l’aspirateur robot se promenait bonnement dans la maison. Et sans remonter le temps, il y en a plusieurs, ici et ailleurs, qui n’ont pas ce luxe de pouvoir se reposer. De ne rien faire. De se mettre à off.

Voyons-le donc comme tel. Un privilège.

Un privilège de passer des heures avec ma fille au sol.

Un privilège de passer un week-end en pantoufle à rêvasser et boire trop de café.

Un privilège de pouvoir prendre des vacances et les passer à faire ou ne pas faire.

Un privilège d’avoir le choix.

Un privilège d’avoir une petite fille en santé qui monopolise mon temps et mon énergie.

Un privilège de ne parfois rien accomplir.

De juste être.

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