Il était une fois

Je crois que je me suis perdue quelque part à la fin de l’adolescence. En cette période cruelle où notre identité basée sur des contes de princesse se fracasse contre le trottoir d’une soirée trop arrosée.  Ce moment où le besoin de plaire surpasse largement celui d’être authentique. Où il est plus facile de se construire un personnage que d’incarner le nôtre.

J’ai 19 ans. Ma vie qui tournait autour du patinage artistique tourne maintenant autour du vide. Je fane prématurément et la solitude me pèse malgré mon débordant entourage et mon apparente joie de vivre. Je débute l’université et je suis en dérive. J’ai de sérieux troubles alimentaires. J’ai un vide au fond de l’estomac qu’aucun Joe Louis ne peut combler. Un sentiment de gouffre infini.

Je me suis retrouvée là un vendredi soir. C’était un grand Loft à Montréal et je me rappelle du logo où figurait un arbre et l’inscription « Ahimsa Yoga ».  C’est Miranda qui a ouvert la porte. Je l’ai tout de suite aimée. Son sourire était d’une sincérité à recoller les morceaux d’un cœur brisé. Ça a duré un bon bout ces rencontres hebdomadaires qui me pansait l’âme. C’était doux. C’était vrai. C’était tout ce que je n’étais pas.

Je ne sais pas pourquoi j’ai arrêté d’y aller. Il faut dire que j’étais dans des montagnes russes émotionnelles sur une base quotidienne et qu’un rien me donnait le vertige.

J’ai fait le tour de plusieurs studios à Montréal, prenant mes premières racines au Studio Naada. J’allais mieux, ou du moins étais-je bonne pour me le faire accroire. J’y ai pratiqué quelques années, mais je dois admettre que ma pratique était purement physique. Je me sentais valorisée dans ma pratique de yoga, par ma flexibilité naturelle et mon aisance à accomplir certaines postures. On me félicitait sans vouloir mal faire. Sans savoir que ça alimentait chez moi ce côté criant d’être aimée.

J’ai alors migré vers un studio qui avait ouvert depuis quelques mois, le Studio Wanderlust. Je me rappelle des rayons de soleil en montant l’escalier, des sourires lumineux qui m’étaient adressés. Des visages que je croisais tous les jours qui se sont mutés en amitiés profondes. J’y étais 7 jours par semaine, assoiffée de comprendre ce qui me faisait sentir ainsi. Vivante. C’était une douce drogue pour moi. Mes peines, mes joies, des deuils… j’ai tout vécu en ces murs. Non seulement vécu, mais fait face. Un miroir cruellement grossissant des points noirs de mon existence.

C’est là, 10 ans plus tard à pratiquer le yoga quasi hebdomadairement que j’ai su que ça allait changer ma vie. Que je devais y sauter sans regarder en arrière. Y faire un plongeon périlleux en vol au risque d’éclabousser un peu. Que ce si petit mot, Yoga, était tellement plus qu’une série de postures. Que ça allait être mon mode de vie. À la fois le chemin et la destination. 

Je ne savais pas encore que comme toute relation, ça allait se métamorphoser. Grandir, subir des tempêtes, des redoux, des moments de passion. Mais que ce serait toujours un endroit où me déposer, un îlot de fraicheur en temps de canicule.

Le yoga, comme tout dans la vie, s’apprivoise. Chaque relation avec cette pratique est unique. Les raisons qui nous amènent à dérouler notre tapis n’ont pas de hiérarchie d’importance.

Il était une fois, des gens parfaitement imparfaits. Des gens comme nous.

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