La fuite

On célébrait la Samhain dernièrement, une fête tout en noirceur. Cette période de l’année consacrée au recueillement et à l’hommage à ceux que nous aimons et qui nous ont quittés. La fête de la mort symbolique, une journée pour réfléchir à ce qui nous alourdit, ce qui ne nous sert plus et ce que nous choisissons de laisser partir.

Pour plusieurs personnes, la nouvelle année commençait à ce moment, le 1er novembre, à la Samhain. C’est aussi ma fête qui arrive à grands pas. J’ai longtemps espéré être née un mois de printemps ou d’été, à danser sous le soleil dans une grande robe vaporeuse. Et non. Je devais me contenter du mois le plus gris de l’année, ma fête tombant même précisément le jour où l’on se rappelle les soldats morts au combat. Dans un cœur de petite fille, rien de très séduisant! Mais avec les années, j’ai appris à aimer cette noirceur. À honorer mon signe d’eau me plongeant sans cesse dans de grandes dualités. Ma sensibilité excessive, mes luttes avec moi-même. J’ai surtout appris que bien apprivoisée, cette période de l’année est susceptible de me transporter dans une puissante énergie de révélation. Qu’en regardant ses ombres, on voit aussi sa lumière.

Il y a 5 ans, ces ombres couvraient ma vie comme un grand ciel orageux. Ne sachant comment trouver un rayon de soleil, j’entamais ce projet un peu flou d’écrire un roman. Je ne savais pas encore quelle forme cela prendrait et je ne savais surtout pas à ce moment-là que ce serait un médium pour me libérer. Pour laisser aller ces parts de moi qui m’empêchaient d’avancer, pour faire la paix avec des histoires du passé.

Pendant ces 5 années, il y a eu des périodes de rédaction intensives, de longs moments d’inertie, mais surtout des changements. Ma vie s’est métamorphosée au rythme des mots que je déposais sur papier.

Ce roman, c’est moi, mais c’est aussi ma génération et toutes les autres que j’ai vues aux prises avec les mêmes questionnements, les mêmes détours de la vie. Même si je ne dévoilerai jamais ce qui est vrai de ce qui est fictif dans ces pages, je peux dire que tout a déjà été vécu. Par moi, par vous. Que cette réalité qui est difficile à accepter, que ces passages qui vous rendront mal à l’aise, ils le sont puisque nous n’arrivons pas à nous en libérer. Les troubles alimentaires, la dépendance affective, la recherche constante de bonheur, de liberté, le besoin de plaire, c’est tellement laid qu’on souhaiterait que ce ne soit pas nous. Et pourtant.

Je suis fascinée par les synchronicités de la vie. Après toutes ces années, c’est aujourd’hui, à l’aube de mes 33 ans, portant la vie en moi, que je choisis de laisser partir ce projet. Je me rappelle les nombreuses relectures qui immanquablement à certains passages causaient des secousses incontrôlables dans mon corps. Ce dernier se libérant encore et encore d’émotions profondes, de blocages. Et ce n’est que tout récemment que j’ai compris que ces histoires ne m’appartenaient plus. Que ces histoires, que ces mots, avaient terminé le travail qu’ils avaient à accomplir avec moi et étaient maintenant prêts à aller servir d’autres.

J’ai peur du jugement, c’est certain. Mais je me dis que c’est nécessaire. Qu’il y a déjà assez de romans à l’eau de rose et qu’il est grand temps de se secouer collectivement. Une grande secousse, qui parfois fait rire, nous ramène dans nos jeunes années, mais qui aussi a le potentiel de réveiller ce qui est en dormance.

Je vous présente La fuite.

Partager l’article