Le nombril du monde

J’avoue m’être installée devant l’ordinateur en ne sachant pas quoi vous dire. Par un de ces rares moments de répit, alors que Gabrielle est submergée par la découverte de ses pieds, je me dis que je ne peux pas vous parler encore de maternité. Car il faut bien avouer que les aléas de la vie de parents, je m’en contre-foutait avant d’être moi-même parent.

Bon.

Il reste que c’est pas mal ça ma vie en ce moment; parler au bébé, m’occuper du bébé et parler de bébé. Mon fil d’actualité Instagram étant maintenant une succession de professionnels en tout ce qui a trait au développement de l’enfant, j’ai eu envie de me divertir en allant consulter mes anciens (et toujours) amours, soit le monde du yoga et de la spiritualité. Je suis alors tombée sur une publication de Vanessa DL qui parlait de la saison de la Vierge comme étant une période pour se rappeler « que nous n’avons pas à être le centre de l’attention pour vivre une vie riche ».

Et ça m’a frappée.

Si la maternité et la vie de parent est aussi prenante et difficile à ses débuts, c’est que du jour au lendemain, le niveau de don de soi est tellement élevé qu’on en perd tous nos repères.

On passe d’une vie dédiée à soi à une dédiée à l’autre.

Et force est d’admettre qu’avec nos comportements trop souvent égocentriques, l’autre passe généralement en deuxième.

Et je dis bien égocentrisme, car l’égo, bien que faussement mal mené, est quant à lui nécessaire. L’égo c’est notre identité. C’est notre vie terrestre, ici maintenant. Il se nourrit de nos expériences, nos rencontres et nos découvertes. Il fait de nous ce que nous sommes. Mais l’égo se nourrit également d’illusions et de conditionnements sociaux et culturels.

Au cœur de la philosophie du yoga, se trouve le projet de démystifier cette construction. De distinguer l’authentique de notre fausse représentation, de notre attachement à notre image.

C’est en réfléchissant à cela que je remarque à quel point mon attachement à une certaine image de moi était fort. Cet attachement qui me faisait faire certaines choses, prendre certaines décisions, alors que le moi intérieur disait clairement non. J’ai longtemps nourri une image, ou du moins des parcelles, que je n’étais pas. Et du jour au lendemain, avec la naissance de Gabrielle, n’ayant plus le temps pour nourrir ce reflet, j’étais perdue.

Car je vivais une vie portée sur moi. Sur mon développement personnel, sur cette quête éternelle de mieux se comprendre et se connaitre. Oui, je sais, vous vous reconnaissez et vous n’aimez pas ça. Car c’est vertueux cette quête de soi. Le tarot, les huiles essentielles, les suppléments, le yoga, la méditation, les retraites spirituelles, les voyages intérieurs. C’est tellement louable que j’en ai fait le cœur de mon entreprise.

Je crois toutefois que la ligne est mince. Entre s’y noyer et y flotter. Que sans le vouloir, cette quête nous mène parfois à fermer les yeux sur ce qui nous entoure. Sur les autres. Sur qui nous sommes vraiment. À n’être dédié qu’à notre nombril.

Et tant mieux si ces pratiques nous nourrissent vraiment. Mais il vient un moment où l’on doit se poser la question; nourrissons-nous notre soi ou l’image qu’on donne de soi?

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