Le temps

On dit souvent que la vie va vite. Qu’on ne voit pas le temps passer. Que nous sommes à bout de souffle.

C’est ainsi que nous nous retrouvons sur un tapis de yoga. Pour le retrouver notre souffle. Pour ralentir. Investissant tous nos espoirs en cette petite heure salvatrice, qui, osons-nous croire, sera le remède à cette société qui nous étourdit et nous déconnecte. De nous.

Mais comment renverser la vapeur quand la locomotive n’est même plus sur ses rails?

L’histoire remonte à loin.

Vite, il faut se lever.

Vite, avale tes céréales.

Vite, on va à la garderie.

Vite, on est en retard.

Vite, mets tes souliers.

Vite. Vite. Vite. Vite.

Et ça se poursuit encore et encore. Les signaux sont pourtant criants. Ça clignote rouge au-dessus de nos têtes, mais nous sommes trop pressés pour lever les yeux. L’insomnie s’installe, les maux de tête, l’état d’urgence quasi quotidien sans parler de notre peau qui se ternit, des cheveux trouvés en trop grande quantité au fond de la douche.

Jusqu’à l’âge vénérable où notre corps ne peut juste plus aller vite. Ne veut plus aller vite. Il a alterné entre les sprints, les marathons et les marches rapides et ne veut maintenant plus que prendre sa pause.

Mais donc qui va vite? La vie ou nous?

Et si on reprenait du début en inculquant à nos enfants que le temps est précieux et qu’ils n’ont qu’à le laisser couler à leur vitesse.

Qu’on réapprenait l’art perdu de flâner.

Qu’on s’arrêtait dans notre course folle pour regarder les nuages dans le ciel.

Qu’on prenait le temps de s’aimer, de s’écouter.

Sans horaire, sans échéancier.

J’écris ces lignes alors que je suis arrivée plus d’une heure à l’avance au parc pour donner un cours. Ce que je fais rarement, car mon temps est compté. C’est drôle d’utiliser un pronom possessif pour parler de quelque chose qui nous échappe, d’incalculable.

C’est quoi du temps?

Ce temps qui a été inventé par l’homme, que nous avons inventé, devenu maintenant notre bourreau.

Ce temps que nous gaspillions. Ce temps qui nous fait peur. Ce temps qui détruit. Ce temps qui fait grandir. Ce temps qui nous est donné et qui ne demande qu’à être savouré.  

Le temps d’un souffle.

Un temps de chien.

Prendre son temps.

Tuer le temps.

Par les temps qui courent.

Faire son temps.

De temps en temps.

Temps mort.

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