L’essentiel

Je me souviens d’une pièce de théâtre à laquelle j’ai assisté il y a quelques années qui faisait la démonstration qu’il n’existe pas de finalité dans « l’ascension sociale ». Que nous voudrons toujours plus : plus de biens, de projets, de luxe. Et une fois rendu au sommet, ce ne sera pas assez. C’est un concept que nous connaissons tous·tes, non? Qu’il faut apprendre à apprécier ce que nous avons, que plus n’égale pas mieux?

Mais cela reste difficile à réellement appliquer dans nos vies. Nous nous comparons, nous pensons qu’avec tel gadget la vie sera simplifiée, nous espérons retrouver la flamme dans nos couples grâce à des sorties et voyages à venir, nous voulons changer le mobilier de la maison, peinturer, agrandir, déménager dans plus grand. Nous nous disons que c’est un coup à donner et que bientôt, vraiment bientôt, nous serons heureux.

Mais le bonheur avec un grand B ne vient pas. Ou du moins il va et vient.

Vous le savez, la dernière année a été riche en changements de mon côté. Il y a un an, le bedon bien rond, nous déménagions dans notre petit havre de paix dans les Laurentides. Nous savions déjà que nous avions beaucoup de travaux de fond devant nous, c’est-à-dire ne visant pas l’aspect visuel de la maison, mais comme tout dans la vie, nous avons eu de nombreuses surprises.

De fil en aiguille, je mis donc mes attentes de bourgeoises de côté. Les murs allaient rester saumon encore un peu, le sous-sol ne serait pas fini, les salles de bain pas rénovées. Des fins de semaine plus tard à creuser, à isoler et à gérer les urgences, je pensais bien vivre avec cette réalité jusqu’à ce que je réalise que le salon serait en chantier pour les fêtes.

« Oui mais on avait dit qu’on donnait un coup pendant un an, l’année est écoulée !! »

Misère, ma vie était finie. Je n’allais pas recevoir pendant les fêtes, ne pas faire de sapin, c’était la catastrophe de la catastrophe. Pire que ça, on n’allait pas pouvoir régler le tout d’ici le printemps.

J’ai eu cette fameuse réflexion : pourquoi moi? Comme si j’étais la seule à vivre une série de petits malheurs entrecoupés de, nous l’oublions souvent, grands bonheurs.

J’étais loin de ce que je tente de cultiver depuis des années. La résilience, le contentement, le détachement face aux résultats. Et je l’avais oublié puisque force est d’admettre qu’il m’est extrêmement difficile en ce moment d’intégrer dans ma vie tout ce qui me permettait jadis d’avoir une bonne santé mentale : le plein air, la méditation, le yoga, le sport. C’est donc le fameux cercle vicieux qui s’installe; moins je dors, moins j’ai d’énergie pour m’occuper de moi et plus noire sont les idées.

Bref, j’ai eu à prendre un peu de recul pour me recentrer. Pour réaliser que tout ça était superflu. Que je n’allais pas être plus heureuse avec des murs blancs. Qu’un sapin ça se montait ailleurs et que de ne pas recevoir à la tonne ça donne juste un break à mon système nerveux. Que chaque choix vient avec ses hauts et ses bas. Avoir un enfant, une maison, être travailleuse autonome.

Que je vais peut-être continuer à regarder mes murs saumon longtemps, mais que quand je détournerai le regard, je verrai l’essentiel.

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