Normal / Anormal

C’est pas normal.
Elle n’est pas normale.
C’est normal.
Typographie Normal.
Quasi-normalité.
Nouvelle normalité.
C’est la norme.

Je me questionne souvent sur ce que l’on considère être normal et anormal. J’écrivais d’ailleurs dans mon roman: « la normalité nous obsède puisqu’elle n’existe pas ». Qui a inventé la norme? Cette règle à suivre? Et je ne parle pas de normes juridiques, mais bien de nos baromètres sociaux. Et souvent, de ces normes que nous nous imposons nous-mêmes.

Pour les perfectionnistes, la normalité ne nous suffit pas. Je me rappelle plus jeune avoir été obsédée par l’idée de surpasser la normalité. Être plus mince que la normale, plus en forme, voyager plus, avoir plus d’idées, plus, toujours plus.

Cette normalité nous rend collectivement malades d’une certaine façon.

Si tu as 30 ans et plus, tu dois connaitre le refrain.
Tu retournes aux études? Pas normal.
Tu es célibataire? Pas normal.
Tu n’as pas de voiture? Pas normal.
Tu es prof de yoga? Pas normal.

Et c’est encore pire si tu as un enfant.
Elle ne fait pas ses nuits? Pas normal.
Elle pleure le soir? Pas normal.
Elle boit aux 2 heures? Pas normal.
Elle dort dans ton lit? Pas normal.

C’est en lisant le journal et cette rengaine de « retrouver la vie pré-COVID » que j’ai eu l’idée de cet article. Car il n’y a rien que je redoute plus que de retrouver cette « normalité ». Celle où l’on travaillait trop, qu’on s’étourdissait dans le social et les agendas pas possibles, qu’on courait d’un party de noël à l’autre, qu’on avait plus de temps à accorder aux autres plutôt qu’à soi. Bien sûr, il y a une tonne d’aspects que j’ai hâte de retrouver, mais pouvons-nous vraiment dire que cette vie-là était la normale?

Ça me fait penser à mon propre combat de retrouver un corps prénatal. Quand j’ai tenté de remettre mes vêtements un mois après l’accouchement, j’ai eu un moment de découragement extrême. Je me sentais pourtant bien dans ma peau, dans ce nouveau corps qui a donné la vie et qui alimente chaque jour ma petite cocotte. Mais voilà que mes vêtements trop serrés me rappelaient un corps de jadis. Un corps en forme que j’aimais et qu’il me fallait retrouver à tout prix. Une semaine de lamentations plus tard, je m’énervais tellement que j’ai décidé de changer mon approche. Je m’achetai tout simplement de nouveaux vêtements pour cette « nouvelle normalité » et retrouvai ainsi ma santé mentale.

Car à quoi bon s’acharner sur ce qui n’est plus? Le passé est de toute façon trop souvent romancé pour s’y lover. Étant des êtres en perpétuel changement, comment pouvons-nous souhaiter le retour à ce que nous étions? N’est-ce pas le souhait et la beauté d’une vie? D’évoluer?

Imaginez une vie de normal.
Un café normal.
Un voyage normal.
Un hôtel normal.
Un party normal.

Souhaitons-nous au contraire des rebondissements, des couleurs, des découvertes, de la passion. Souhaitons-nous tout sauf du normal.

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