Vivre dans l’attente

Instagram m’aura encore eu, moi qui pensais en être dûment vaccinée.

Les enfants aux sourires éclatants construisant d’énormes châteaux de sable, les crèmes glacées dévorées sous les derniers rayons de soleil, les chin-chin de vin blanc en Italie, les photos parfaites de couples, d’amis et de familles parfaites.

C’était notre tour. Deux ans sans prendre de vacances, à travailler dur sur la maison, à apprendre à être parent : les attentes étaient hautes, c’est le moins qu’on puisse dire.

Gabrielle a été malade pratiquement les deux semaines complètes. Je crois que nous ne voulions pas le voir au début nous répétant « mais ce sont nos vacances! » et ne laissant pas place à ces imprévus que sont la vie.

Je n’ai pas voulu voir sa fièvre, ses boutons envahissant son petit corps, ses cris de douleur. Je n’ai pas voulu voir qu’elle ne voulait qu’une chose : être à la maison.

Et je me suis mise à repenser à toutes ces fois où j’avais forcé la note pour me prouver que mes voyages étaient parfaits. À cette fois en Inde, où malade, j’avais perdu 20 lbs, mais continuais à m’obstiner à poursuivre ce voyage « transformateur ». À certains moments lors de longs voyages me sentant seule, terriblement seule, mais continuant à glorifier la vie rêvée de backpackeuse. 

Car j’ai longtemps vécu pour mes vacances. Espérée éperdument que ces moments-là allaient me guérir, me ramener à la vie, me soigner de mon mal-être pourtant invisible aux autres (un sujet que je décortique de long en large dans mon roman!).

Et si la compagnie aérienne perd nos bagages? Et s’il pleut pendant notre camping rêvé? Et si nous sommes nous-mêmes malades? Et si finalement nous n’aimons pas notre destination tant convoitée?

Il y a tant d’incertitudes et d’attentes envers ces quelques jours, ce faible pourcentage annuel.

Je continue à réfléchir sur ce modèle que l’on questionne pourtant à peine.

240 jours de travail
96 jours de fin de semaine
28 jours de congé
(en moyenne)

Quand je regarde ces chiffres, j’ai encore plus l’intention de profiter de tous ces entre-deux. Les matins où parfois trop fatiguée je ne vois plus les beaux sourires de ma fille, l’heure du souper chaotique où j’aurais juste envie de 30 minutes de silence et d’un plancher non couvert de nourriture.

Et un jour je l’aurai mon silence et mes grasses matinées et tout ça me manquera. C’est fou comme ça la vie.

Je suis tombée sur un extrait de radio où l’animateur demandait à l’auditeur ce qu’il allait faire ce week-end. Visiblement gêné et honteux, celui-ci répondit : « heuuu rien… ». L’animateur, mal dans les culottes, ne savait plus où se mettre et lui répondit : « ha ouin… Bon… Ça fait du bien des fois! ».

Ça m’a frappée.

À quel point nous sommes conditionnés à être dans le « faire » plutôt que « l’être ».

Je pense que j’ai envie d’être pendant un bout. Avec mon bébé bedon, avec ma famille, avec mon chez-moi. Avec tout ce qui n’est pas assez grandiose pour se mériter une place sur IG.

Peace out.